Sirventès de la ligne dure

Vendredi 9 décembre 2011

Pensez à votre vie,
La vie telle que vous la ressentez dans votre chair.
On a beau vous bourrer continuellement le crâne,
Votre corps, lui, ne vous ment jamais.

Entendez-vous le cliquetis bourdonnant des claviers
Dans la ruche fluorescente aux cloisons rembourrées?
Combien d’heures par jour passez-vous
Devant un écran d’ordinateur?
Devant un écran de téléphone portable?
Devant un écran de télé?
Derrière un pare-brise de voiture?
Est-ce que votre patron est un logiciel?
Combien d’heures dormez-vous par nuit?
Comment ressentez-vous le bruit de votre lieu de travail?
Comment ressentez-vous sa lumière?
Comment ressentez-vous sa chaleur?
L’air qu’on y respire est-il climatisé?
Les fenêtres sont-elles inamovibles et scellées?
Et qu’en est-il de l’espace qui vous est attribué?
Quel est votre degré de liberté de mouvement?
Êtes-vous limité à un certain nombre de gestes?
Vous sentez-vous dans une situation de passivité forcée?
Êtes-vous continuellement assaillis par des voix de synthèse
Des messages imprimés, pixélisés, numérisés
Des forêts de symboles qui vous observent
Avec des regards familiers?
Quels gestes vous incitent-ils à poser?
Ressentez-vous le besoin de contemplation?
Vous vous souvenez de quoi il s’agit?
Diriger vos pensées vers l’intérieur
Plutôt que de réagir à des stimuli extérieurs…
Est-ce difficile de détourner le regard?
Comment vous sentez-vous dans une foule?
Quel espace vous est nécessaire pour vous y sentir bien?
Vous sentez-vous contraints de réprimer votre empathie
Envers les autres êtres humains
Pour être en mesure de survivre?
Qu’est-ce que ça vous fait de vivre
Dans des espaces quadrillés à trois dimensions?
Qu’est-ce ça vous fait de ne jamais voir l’horizon?
De ne voir l’eau couler que dans votre baignoire?
De n’être en contact qu’avec une vie domestiquée
Chiens, chats, poissons rouges et plantes vertes?
Qui prépare vos repas?
Mangez-vous debout?
Ou alors encore assis devant un écran?
Avez vous confiance en ce que vous mangez?
Quel effet a sur vous le temps normalisé
Qui sert à synchroniser vos mouvements
Avec ceux de milliards d’individus?
Combien de temps passez-vous
Sans savoir l’heure qu’il est?
Qui ou quoi contrôle vos minutes et vos heures,
Celles qui découpent votre vie en morceaux monnayables?
Comment vous sentez-vous
Lorsque vous êtes passivement transportés
Par des ascenseurs, des métros, des tapis roulants?
Qu’est-ce que ça vous fait d’attendre?
D’attendre en ligne, d’attendre dans les bouchons
D’attendre pour aller pisser
D’apprendre à discipliner et réprimer
Vos envies spontanées?
Vous retrouvez-vous souvent
Obligés de rester à un certain endroit
Au lieu de pouvoir déambuler à votre guise?
Quand avez-vous réellement fabriqué quelque chose
De vos propres mains pour la dernière fois?
Que savez-vous faire, au juste,
À part appuyer sur le bon bouton au bon moment?
Comment vous sentez vous
Après avoir réprimé vos désirs depuis tant d’années?
Après avoir réprimé vos pulsions sexuelles
Après avoir réprimé vos désirs d’action
Après avoir supprimé tout ce qui peut se rapprocher
De votre essence de mammifère primate?
Le plaisir est-il pour vous source de danger?
Le danger est-il pour vous source de plaisir?
Comment vous sentez-vous face à l’obligation d’efficacité
Qui place les fins devant les moyens
Qui ne valorise que le futur
Jamais le moment présent
Ce présent qui rapetisse
Comme une peau
De chagrin
Alors que
L’on doit
Courir
Sans
Ces-
Se?
Tous les objets qui vous entourent
Et qui sont vos seuls compagnons
Vous permettent-ils vraiment de sauver du temps?
Et si oui, pour quoi faire?
Et si oui, avec qui?

Vivez-vous une solitude si profonde
Qu’aucun mot n’arriverait à exprimer?
Vous sentez-vous parfois sur le point
De perdre le contrôle?

Vous venez d’en recevoir le signal.

Le poison sans antidote

Samedi 3 décembre 2011

Il y a quelque chose qu’Ander Behring Brevik n’a pas compris lorsqu’il conteste le jugement des psychiatres qui sont arrivés à la conclusion qu’il souffre de schizophrénie paranoïaque. Selon lui, il s’agit plutôt d’une idéologie politique et conteste l’évidence qu’il est un crackpot qui a depuis longtemps perdu tout contact avec la réalité.

Ce qu’il n’a pas compris, c’est que c’est seulement lorsqu’on utilise hypocritement une idéologie politique pour obtenir, exercer ou conserver le pouvoir qu’on est un militant ou un politicien digne de ce nom. Dès le moment où on y croit vraiment, qu’on se met à avoir des « convictions fermes » et que l’idéologie n’est plus un cache-sexe commode pour le pouvoir, et surtout quand on se met à interpréter sa vie à travers le prisme de fantômes tels que Dieu, la Patrie, la Race, la Nation, la Justice ou la Liberté, c’est là qu’on verse dans le désordre mental — la plupart du temps irrémédiablement.

Croisons-nous les doigts, quelqu’un peut-être inventera un jour un vaccin contre l’idéologie.

Sirventès des doléances

Mardi 11 octobre 2011

Je n’exige aucun droit,
C’est pourquoi je ne suis obligé
D’en reconnaître aucun

— Max Stirner

Quand vous occupez une place publique
Quand vous courrez dans les rues
Quand vous fracassez une vitrine
Quand vous volez un téléviseur
Quand vous brûlez une voiture
Quand vous lancez des briques
Sur les forces de l’ordre
Quand vous copulez contre un mur
Entre deux salves de gaz lacrymogène

Les politiciens, les journalistes
Les juges, les militants
Veulent tout de suite savoir :
« Quelles-sont vos demandes? »

En vérité, ce qu’ils craignent
C’est qu’il n’y en ait pas;
Qu’il n’y ait rien derrière vos gestes
Pas de revendications
Pas d’exigences
Pas de cause à défendre
Seulement une dépense sauvage d’énergie
Aussi inexplicable et irrationnelle
Qu’un sacrifice consenti à des dieux courroucés

Car pour eux, il doit y avoir des demandes
Il doit y en avoir à tout prix :
       Les politiciens veulent avoir quelque chose à négocier
       Les journalistes veulent avoir quelque chose à expliquer
       Les juges veulent avoir quelque chose à condamner
       Les militants veulent ajouter vos demandes à leur programme
       — Et ainsi vous gagner à leur parti

Voilà pourquoi crient-ils : « Que voulez-vous? »
Et voilà pourquoi ont-ils la frousse
Quand vous leur répondez :
« Rien ».

Les élus du peuple vous traiteront
De criminels, de casseurs déments
Les socialistes vous diront
Que vous êtes naïfs, politiquement immatures
Les idéologues qualifieront vos gestes
De jacqueries, d’émeutes autodestructrices

Or vous, vous savez bien
Que ce que vous désirez
Jamais un État, une Église
Ou une multinationale
Ne serait en mesure de vous le donner

Vous savez bien
Que ce que vous désirez
Ne se demande pas
Mais se prend

Car ce que vous désirez
C’est vous réapproprier
Votre vie

Si vous n’avez pas de demandes
Personne n’arrivera à vous accommoder
Personne n’arrivera à vous satisfaire
Personne n’arrivera à vous apaiser

Alors la prochaine fois qu’un reporter
Vous écrasera un micro au visage
Et vous demandera :
« Quelles-sont vos demandes ? »
Souriez-lui gentiment
Et pointez vaguement vers le ciel
Ou donnez-lui le bottin téléphonique

Avec un peu de chance
Ce koan le tiendra occupé juste assez longtemps
Pour que vous puissiez incendier le monde

Quart d’heure de lucidité

Dimanche 9 octobre 2011

Ce n’est pas parce que j’écris continuellement, avec fébrilité, que je ne suis pas consciente de la futilité de cet exercice. Par exemple, je me demande souvent pourquoi j’écris autant au sujet de l’anarchie, de la danse de la vie, de la beauté féroce de l’érotisme, du chaos, des horreurs que la société nous fait subir. À priori, rien ne devrait me pousser à le faire : je n’ai aucun désir de convaincre quiconque, le prosélytisme me répugne et je n’ai rien à vendre. Je ne suis membre d’aucun parti, d’aucune secte et je n’ai donc personne à convertir, ni de carte de membre à fourguer.

Les idéologies m’indisposent, en particulier l’anarchisme qui pourtant est si proche de ma sensibilité. Je fréquente peu d’anarchistes; en fait, j’évite de me frotter aux militants et aux obsédés politiques de tout poil. J’ai souvent l’impression que les anarchistes sont des adeptes d’une variante millénariste du christianisme. Ils attendent la révolution qui accouchera de l’anarchie et comme la plupart des chrétiens, ils portent en eux l’urgence de répandre leur évangile et de convertir les païens à la vraie foi.  La liberté dont ils parlent semble aussi lointaine que le jugement dernier et le retour glorieux du Christ. Pis encore, la plupart d’entre eux sacrifient les miettes de liberté que l’ordre dominant leur abandonne pour le bien de la Cause, avec un c majuscule et glorieux. Or, ce qu’ils proposent en attendant est une forme appauvrie d’adaptation à l’ordre établi qui ne le menace aucunement, fait de rituels oppositionnels et de résignation rebelle en attendant des jours meilleurs.

 Je ne serai jamais une sainte, ni une militante. Pas parce que je suis plus perverse, plus vertueuse, plus intelligente ou plus stupide que le commun des mortels; je ne suis tout simplement pas douée pour le sacrifice. Se sacrifier me semble au mieux idiot, au pire suicidaire. Je veux être libre et je veux l’être maintenant. Je désire passionnément me réapproprier ma vie, être souveraine de moi-même. Je déteste mes chaînes et je n’arrive pas à me résigner à les porter. Il y a tant d’entraves à ma liberté; elles ne cessent de se multiplier, elles deviennent de plus en plus insupportables. Plutôt que de sombrer dans l’amertume ou le fatalisme, je fais de mon mieux pour élargir les interstices de liberté qui ne sont pas encore sous le regard du Léviathan. Je ne sais pas si c’est dans l’absolu la meilleure chose à faire, mais c’est en définitive ce que je peux faire de mieux. J’explore ces espaces de liberté, faits de nouvelles valeurs, de nouvelles façons de vivre avec mes semblables, même si s’ils sont fugaces, impermanents. J’écris  en me disant que la trace de mon expérience peut servir pour plus tard et que mon exemple, aussi dérisoire qu’il est, peut peut-être inspirer une ou deux personnes. C’est peu, mais c’est à la portée de mes faibles moyens — du moins aussi faibles que les vôtres, ni plus, ni moins.

 Je constate avec désolation que la plupart d’entre vous acceptent vos chaînes avec passivité et résignation. J’en suis profondément blessée, meurtrie, car ces chaînes ne résisteraient pas une minute à votre colère généralisée. L’entêtement de certains d’entre vous à embrasser vos liens, voire à exiger qu’ils soient plus lourds et plus contraignants m’écorche la peau jusqu’au sang comme un cilice. Souvent, la nuit, j’émerge subitement du sommeil avec une envie sourde et impétueuse de hurler à pleins poumons. Il m’apparaît alors clairement que je resterai pour l’essentiel victime de cette existence merdique aussi longtemps que vous tous l’accepterez passivement, aussi longtemps que vous placerez vos espoirs et vos énergies dans des solutions politiques illusoires portées par des messies d’opérette. Je me mets alors à écrire, avec le seul espoir non pas de vous convaincre, mais plutôt d’alléger la souffrance qui m’accable et qui est aussi la vôtre.

 J’écris surtout parce que mon corps est trituré par des passions qui demandent à être extériorisées. Cette passion folle, dans toute son impétuosité et sa splendeur exige d’être libérée, comme cette révolte contre une existence réduite à la survie, amputée, artificielle, qu’on m’impose. La parole et les comportements de ceux qui se réapproprient leur vie sont la plupart du temps considérés comme des crimes ou des maladies mentales par l’ordre établi. Lorsqu’on arrive plus à les amadouer avec la gratification illusoire de la consommation, on tente de contenir les déviants avec des médicaments, on tente de les cacher dans des prisons ou des institutions psychiatriques. Le monde dans lequel nous vivons est presque sans issue et la libération, quasiment impossible. Lorsque j’écris, je peux libérer ma folie sans entraves autres que celles du langage et laisser jaillir mes passions. Pauvre ersatz, me direz-vous. C’est en effet mon opium, une façon d’apaiser la brûlure de l’horreur sociale ordinaire — ce qui a pour conséquence de réifier mes désirs au lieu de les laisser me mener au bout de moi-même.

 J’ai la tête remplie de rêves, de visions d’accouplements sublimes, de mille façons de consumer ma vie plutôt que de la laisser s’éteindre sous la chape de plomb des dispositifs de pouvoir. Mes compagnons et mes compagnes de folie sont bien peu nombreux, mais c’est grâce à ma parole que j’ai pu les trouver. Tout ce que j’écris est noyé, dilué dans la logorrhée diluvienne de l’ordre marchand. Écrire est aussi futile que de lancer des bouteilles sans bouchon à la mer — mais la beauté réside dans ces gestes sublimement inutiles.

Sirventès du chaos

Dimanche 18 septembre 2011

Qu’ont-ils tous à dénigrer le chaos?
Même les anars refusent de s’y associer :
« L’anarchie c’est l’ordre »
Disent-ils comme Proudhon

Ils en ont même fait un drôle de logo
A majuscule entouré d’un O
Qu’ils peignent sur les murs des villes
Même si ça fait désordre

On a fait du chaos un synonyme de violence
D’atrocité et d’ignominie
Mais ne voyez-vous donc pas
Qu’il s’agit de calomnies
De flics, de curés, de politiciens?

L’histoire de la civilisation
Est l’histoire de l’imposition de l’ordre
Un crescendo de guerres
De meurtres, de viols et d’oppression
Ne voyez-vous pas que c’est l’ordre
Qui est la source de l’ignominie?

L’ordre n’a de cesse d’imposer sa forme
À tous les êtres, à tout ce qui est vivant
À tout ce qui vibrant et joyeux
Il écrase tout sous son règne de fer et de plomb

« Mais si le chaos n’est pas la guerre
Ni le meurtre, le viol et l’oppression
De quoi est-il fait?
Le chaos est-il le désordre? »

Non, car le désordre ne peut exister
Sans l’ordre et le chaos existe
Par delà toute forme d’ordre
Il est le fond indéfini, indéterminé
D’où naît sans cesse l’infinité des êtres

Le désordre n’est qu’un ordre raté
Et puisque l’ordre finit toujours en ratage
Ordre et désordre sont deux temps
D’une même réalité
Alors que le chaos est la fibre même de l’univers

Imposer l’ordre, c’est entrer en conflit
Avec la fibre même de l’univers
Et c’est se vouer fatalement à la sclérose
À la déliquescence et à la mort
Et c’est cette déchéance
Qu’on appelle de désordre

Lorsque l’ordre n’interfère pas avec sa course
Le chaos crée l’équilibre
— pas celui artificiel des balances
(Comme celle de cette pétasse aveugle
Qu’on appelle communément Justice)
Mais plutôt celui toujours changeant
Et sauvage qui fait danser le réel

Extase
Merveille
Magie
Au-delà de toute définition
Au-delà de tout entendement
Beauté et puissance érotique
Tel est le chaos

La liberté n’est rien d’autre
Qu’un abandon au chaos
À la puissance de son étreinte
Aux pulsions qu’il fait naître dans notre chair
Lorsque nous nous accouplons avec lui

Voilà pourquoi l’autorité est à rejeter
Voilà pourquoi l’ordre est à combattre
Voilà pourquoi nous crions
« Ni Dieu Ni Maître »
Car nous ne reconnaissons aucun
Dieu ordonnateur du ciel et de la terre
Car nous ne voulons même pas
Être maîtres de nos vies

Tout ce que nous voulons
C’est de vivre enfin pour de bon
En mettant fin à tout ce qui nous coupe
Du chaos
En devenant ce que nous sommes déjà
Des êtres de fureur et de beauté
Qu’aucun carcan ne pourrait contenir

En s’appropriant la liberté et le plaisir
Sans attendre, ici et maintenant
Nous nous unissons
À la marche sublime du chaos
Nous nous lançons avec passion
Dans cette aventure folle et nécessaire
De créer cet Éden que la terre
Aurait toujours dû être

Quand ce jour viendra — et il viendra
L’histoire et son cortège d’horreurs sanglantes
Cessera alors d’être notre seule réalité
Et nous pourrons apercevoir soudainement
L’aveuglante beauté sous le voile de māyā

Oraison funèbre du nationalisme québécois

Samedi 10 septembre 2011

D’abord le Bloc Québécois qui se fait laminer. Ensuite, le PQ qui implose et offre le spectacle pitoyable de nationalistes qui s’entredéchirent autour de concepts byzantins comme celui de gouvernance souverainiste (wtf ?), sous le regard à peine inquiet d’une population qui visiblement n’en a rien à branler. Finalement, le beige François Legault — dont le charisme et la stature avoisine celui d’un comptable sur les valiums — qui grimpe dans les intentions de vote en proposant un programme électoral aussi original et novateur que celui de l’Union nationale en 1960. Si ça continue comme ça, je sens qu’on va nous ramener l’autonomie provinciale, l’électrification rurale, la loi du cadenas et les pensions pour mères nécessiteuses.

Inutile de se leurrer davantage. On s’en doutait depuis longtemps, mais la Révolution tranquille est définitivement morte. Il est donc temps de récupérer ce que l’on peut de sa carcasse pourrissante — ce que je m’empresse de faire, en bonne charognarde que je suis.

Sur le quai Voltaire

Lundi 20 juin 2011

(ou Ce qu’il me reste à faire, chanté par Rodrigue)

Former un groupe
Quatre ou cinq personnes c’est parfait
Des gens que je connais
Que j’aime
Que je désire
Sur qui je peux compter
Bientôt les choses ne seront
Plus aussi faciles
Qu’elles le sont maintenant

Ne pas attendre demain
Ne pas attendre la révolution
Ne pas attendre un minute de plus
Pour vivre l’anarchie
Car attendre que tous soient libres
Pour libérer sa propre vie
S’est se condamner au sacrifice
Au ressentiment
À la mort

Établir une communauté
Nous avons besoin de résoudre les problèmes
De la vie matérielle
Comment produire des vivres
Comment les distribuer
Comment mutuellement subvenir aux besoins
Expérimenter de nouvelles valeurs
De nouveaux modes de vie en commun
Et le faire pour de vrai

Cesser de craindre l’éphémère
Le temporaire
La fin d’une expérience n’est pas son échec
Si elle a permis à celles et ceux qui l’ont vécue
D’échapper un temps aux griffes de la mort
D’avoir goûté un temps à la liberté
D’en tirer des leçons pour plus tard
Embrasser l’impermanence

Fonder des journaux des blogues
Imprimer des tracs des affiches
Faire des films du théâtre
Crier dans la rue
Des mots drôles et vrais
Des mots qui font sens
Qui disent la beauté de l’anarchie
Qui disent la volonté de la liberté
Ouvrir les oreilles au son du désir

Instruire les enfants les petits
Les immuniser au poison de l’école
Faire don de toutes nos connaissances
Étudier la vie l’amour la révolution
Et l’enseigner
Montrer l’horizon
Faire naître des rêves déraisonnables
Et indispensables

Chaque jour faire l’expérience de la beauté
Et la montrer au grand jour
Parce que le sens de la beauté s’est perdu
Et avec lui le sens de la créativité
Parce qu’il ne reste que laideur destruction
Qui engendre haine mépris violence
Recréer l’amour la beauté
Parce que ce qu’on nous vend
Pour de l’amour de la beauté
A été façonné par l’autoritarisme
Le capitalisme nécrophile
Qui leur ont imposé leur contenu horrible
Leurs formes cruelles

Étudier le plan de la ville
Comment la détourner
La faire fonctionner comme un poème
Trouver les espaces
Les interstices de liberté
À l’abri du regard
Des ogres du Léviathan
Et les occuper le temps d’un frisson
Réparer les clôtures
Nettoyer les parcs
Distribuer de la nourriture
Ouvrir des magasins gratuits
Habituer les gens
À l’idée de la gratuité
À l’idée de jeu
Se donner librement
Sans échange
Potlatch d’orgasme

Continuer à inventer
À créer sans cesse d’autres actions
Avec mes amants de feu
Avec mes amantes de lumière
Aussi longtemps qu’il le faudra
C’est-à-dire jusqu’à ce que
Nous soyons hors de portée de la mort
Jusqu’à ce que nous basculions
Dans le règne des vivants.

Sirventès de l’économie

Dimanche 29 mai 2011

Chaque fois qu’une élection approche
Ceux qui veulent garder le pouvoir
Nous disent que ce qui intéresse le peuple
C’est l’économie

Mais en réalité, ils sont bien les seuls
À y trouver leur intérêt
Car partout où se trouve l’économie
Se trouve la contrainte et l’horreur

L’économie demande qu’on paie
Qu’on se sacrifie, qu’on travaille
Qu’on se satisfasse de ce simulacre
D’existence qu’est la consommation

«Les gens ne veulent entendre parler
Que de prospérité et d’emploi!
Ils veulent des jobs! Ils en auront!
Votez pour nous! Votez pour moi! »

Bien pauvre promesse que celle
De devenir esclave salarié
Plutôt que d’être esclave assisté
Ou esclave tout court

«Les Chinois sont plus productifs!
Les Indiens sont plus industrieux!
Nous devons nous serrer la ceinture!
Nous sommes tous dans le même bateau! »

Bien pauvre promesse que celle
De rester enchaînés à la galère
Et de ramer jusqu’à la mort
Pour la marge bénéficiaire du bourreau

Viendra-t-il le jour où nous cesserons de tolérer
Cette vie amputée que l’économie nous impose?
Viendra-t-il le jour où nous n’accepterons plus
D’être traités en camelote banale et jetable?

Car l’économie tue le merveilleux
Souille la beauté du monde
Écrase tout ce qui est vibrant
Éteint tout ce qui consume de passion

Tout ce qui bat au pouls de l’univers
Étouffe sous une étiquette de prix
Se dessèche sur les étalages
Pourrit dans le polystyrène et la cellophane

Nous pourrions habiter un monde
Fait d’amants à la chair embrasée
D’aventuriers déments de monstres sublimes
Qui rient aux étoiles et qui fuient sans compter

En lieu et place, nous avons des marchandises
Des pubs où mordre dans un burger procure un orgasme
Des pyramides de rebuts, froides et muettes
Où le murmure des objets couvre les hurlements de l’ennui

Laisserons-nous encore longtemps
Les engrenages de l’échange scier nos tendons?
Nous contenterons-nous encore longtemps
De l’amour tiède des idoles de plastique?

Nous qui pourtant désirons sans fin
Nous qui pourtant brûlons de passion
Nous qui pourtant ne serons jamais apaisés
Nous qui retenons notre souffle depuis trop longtemps

«Gauchiste»

Vendredi 20 mai 2011

Voici le premier texte d’une série (Ha! On verra bien…) sur la pauvreté extrême du vocabulaire politique utilisé dans les débats public au Québec. Ces articles seront classés dans la catégorie «tétrapiloctomie», qui comme chacun sait est l’art de couper les cheveux en quatre cher à Umberto Eco.  Si vous avez un mot utilisé à contresens ou à tort et à travers à suggérer, je suis preneuse.

Lorsque Christiane Charrette a annoncé son départ de la Première Chaîne, un subtil analyste de l’actualité commenta la nouvelle sur le site web de Radio-Canada en ces termes : « Bonne nouvelle, ça fera une gauchiste de moins sur les ondes de la radio publique ». « Ciel! » me suis-je écriée. (Je m’écrie souvent, comme ça, lorsque je n’écris pas.) « Y aurait-il des gauchistes à la CiBiCi? » Vérification faite, la vénérable institution fédérale est exempte de toute trace de ces énergumènes — à moins que les gauchistes de Radio-Canada ne le soient que dans leurs temps libres, dans leur bagnole ou sous la douche.

Cadre de Radio-Canada programmant le retour de «l’Union fait la force» (un slogan gauchiste!) pour l'automne prochain.

 La légende veut que ce soit Lénine (et non Jef Fillion) qui ait utilisé ce mot pour la première fois en 1920, dans son célèbre ouvrage La Maladie infantile du communisme. Vladimir Illitch à l’époque était bien emmerdé par certains partis communistes d’Europe qui le débordaient sur sa gauche et dont il jugeait le radicalisme contre-productif. Il y a toujours plus à gauche que soi, quoique certains laissent plus de place que d’autres. Depuis, on qualifie de gauchistes tout ceux dont le programme et l’action sont plus radicaux que les parti communistes orthodoxe. (Dans la mesure où il existe encore des parti communistes orthodoxes, hein.) Les gauchistes ont en commun d’être radicalement anticapitalistes, d’être opposés à la propriété privée et d’adhérer à l’idée de révolution — par la Révolution tranquille, pas la Révolution Schick Quattro, celle violente et armée).

 Bref : les gauchistes en ce moment sont extrêmement marginaux au Québec. On peut entre autres classer dans cette catégorie les maoïstes du Parti communiste révolutionnaire, les trotskistes d’Alternative Socialiste, les anars plateformistes de  l’Union communiste-libertaire. Par contre, je suis dans le regret de devoir vous apprendre que Québec Solidaire, le NPD, le PQ, la CSN, Steven Guilbeault, Amir Khadir, Alexa Conradi, Guy A Lepage et le petit bonhomme Pilsbury ne peuvent pas être considérés comme gauchistes. Je suggère donc aux populistes de droite d’utiliser plutôt « gau-gauche », leur expression chouchou, pour les qualifier, car ce mot a le mérite de ne rien vouloir dire et de faire passer celui qui le prononce pour un demeuré.

Sirventès de la finitude

Lundi 16 mai 2011

Les civilisations se croient toujours immortelles
Voilà pourquoi elles érigent des monuments de pierre
Assises inébranlables et glorieuses
Sur lesquelles elles reposent
Pour contempler stoïquement les millénaires
Qui défilent tranquillement devant elles

Mais ces assises ne sont pas réellement faites
De calcaire, de marbre ou de granit
Mais plutôt de chair brûlée et d’os broyés
De cuir labourant la plaie ouverte des dos
De sueur aigre bue à même la peau
De mépris, d’humiliation et d’exploitation

Voilà pourquoi les civilisations s’écroulent
Car leur socle est mou, fragile et mince
Comme le corps des esclaves et des serfs
Voilà pourquoi elles s’écroulent en un soupir
En un clin d’œil de quelques siècles
Mais qu’est-ce qu’un siècle pour le roc?

À Mohenjo-Daro, Tikal, Angkor Vat
Sur le plateau du Machu Picchu
Les touristes béats prennent en photo
Le squelette hagard des civilisations
Sans déceler l’odeur de sang sur les murs
Ou entendre le cri des réprouvés entre les colonnes

Car ils font eux aussi partie d’une civilisation
Assise sur la chair brûlée et les os broyés
Qui ne laissera comme ruines en s’écroulant
Que des réacteurs irradiés dans le crépuscule
Qu’un continent de plastique flottant dans l’océan
Qu’une couronne de débris en orbite autour de la Terre

La terre se moque de son anniversaire

Vendredi 22 avril 2011

La terre sera là encore pour des milliards d’années, même si nous continuons bêtement en tant qu’espèce de déféquer dans notre lit comme nous le faisons depuis le début de l’ère industrielle. La terre se porte très bien, merci beaucoup. L’humanité, par contre…

 

Gaugauche à gogo

Jeudi 14 avril 2011

Qui finira par expliquer aux populistes de droite que la «gaugauche du Plateau» n’existe que dans leurs rêves érotiques?

(À moins qu’on se réfère à Mille plateaux… mais sincèrement, j’en doute.)

La démocratie ou l’acquiescement à l’esclavage

Mercredi 13 avril 2011

Je trouve les campagnes électorales très éprouvantes pour mes nerfs. Ce n’est pas tant le comportement de faux culs des candidats qui me dérange — après tout, on peut difficilement s’attendre à mieux de leur part — mais les appels constants des belles âmes à aller voter. « La démocratie en dépend! » se fait-on chanter sur tous les tons (et même sur celui aigu et nasillard de Cœur de pirate). « Au Moyen Orient, on est prêts à mourir pour la démocratie et vous, bande de crétins dégénérés, vous n’êtes même pas capables de soulever votre gros derrière une fois tous les quatre ans pour faire une petite croix dans un petit cercle! » me dit-on en substance chaque vois que je suggère que resterai à la maison plutôt que de me rendre aux urnes. (Il y a quelques années, je m’étais donnée la peine d’y aller et de manger mon bulletin de vote, mais j’en garde encore une certaine lourdeur à l’estomac et un goût amer à la bouche, alors je ne crois pas que je vais récidiver.)

La triste vérité est que la démocratie n’a rien à voir avec la liberté. La démocratie est un système politique de gestion de l’État. La liberté est la possibilité de jouir de sa vie et de la créer comme bon nous semble. Et il se trouve que les deux phénomènes ne sont pas compatibles, car plus un système politique permet la participation des individus, plus son contrôle tend à être total parce que l’individu en vient à s’identifier à son rôle au sein de ce système. Autrement dit, la démocratie est l’institution la plus efficace pour intégrer un individu à un système social de domination et d’exploitation car elle réussit à le fait sentir comme un élément indispensable à la bonne marche de l’univers.

Les révoltes axées sur des demandes démocratiques — davantage de justice, d’égalité, un scrutin proportionnel  — ne menacent pas la complexe machine du contrôle social, mais en sont le lubrifiant. Les demandes démocratiques servent à canaliser la rage et au bout du compte assurent la pérennité de l’exploitation. Quant à ceux qui refusent que leur rébellion soit démocratique (c’est-à-dire qu’elle soit médiée par les canaux de participation politique) et qui ont fait de leur vie une confrontation continuelle avec les institutions de pouvoir, ils ont toujours été considérés comme des délinquants, des irresponsables, des antisociaux, des ennemis du peuple. Ils ne peuvent être tolérés dans un système démocratique — ni d’ailleurs au sein de la plupart des groupes militants, même anarchistes — parce que ce qu’ils font est une atteinte à la base idéologique de ce système. Ils démontrent par leurs actions que la liberté naît de son exercice et non d’un quelconque processus décisionnel. Pour cette raison, ils doivent être punis, réhabilités ou encore détruits lorsqu’ils sont attrapés et arrêtés.

La démocratie n’a rien à voir avec la liberté. Lorsque les peuples en colère manifestent spontanément contre le pouvoir qui les opprime, ils ne réclament pas des élections, un scrutin proportionnel, un système représentatif bicaméral. Ils réclament que disparaisse la grande main qui pèse sur eux, qui les aplatit contre terre et qui leur brise les ailes, pour paraphraser Roland Giguère. Ils exigent qu’on les laisse tranquilles,  qu’on les laisse vivre comme ils l’entendent. Et ils se font la plupart du temps entuber, parce que ce qu’ils obtiennent la plupart du temps, s’ils sont chanceux, ce sont des réformes démocratiques. Et ils s’aperçoivent bien vite que la participation démocratique n’est que l’opportunité de choisir entre un nombre plus ou moins limité d’options compatibles avec le système social ambiant. Si ledit système social est basé sur la propriété, le salariat et la domination hiérarchique, s’il repose sur des institutions comme la prison, la police, l’armée et l’école, tout ce qu’on peut espérer est une amélioration de l’exploitation — le mot « amélioration » étant compris ici dans le sens d’efficacité accrue.

Participer à un exercice démocratique, c’est choisir de servir, c’est acquiescer à son asservissement.  De nos jours, les bourreaux sont bien douillets; non seulement doit-on les laisser nous torturer, mais en plus, il faut leur signifier clairement que nous sommes d’accord, que nous sommes contents, qu’ils ont notre plein consentement. La moindre des choses est de leur refuser ce soulagement de leur conscience. Et ne venez pas me bassiner au sujet de la volonté sacrée de la majorité. Au nom de la démocratie, on me dit que la majorité doit pouvoir décider comment je devrais vivre ma vie. Comment pourrais-je accepter une telle chose? Si un jour la majorité décide que l’amour d’une femme envers une autre femme est punissable de mort, dois-je marcher au gibet avec le sentiment du devoir démocratique accompli? La tyrannie reste la tyrannie, qu’elle soit l’œuvre d’un dictateur, d’un comité central, d’une majorité démocratique, d’un consensus social, d’une tradition, d’un impératif religieux ou d’un préjugé populaire. Le fait de me donner la possibilité de jouer un rôle dans mon propre asservissement ne change en rien le fait que je sois asservie. Permettez-moi au moins de ne pas sourire quand on me crache au visage.

Je ne veux pas de meilleurs politiciens, de meilleures lois, de meilleures polices, de meilleures prisons. Je ne veux pas avoir mon mot à dire sur la façon dont on va régenter ma vie. Je veux pouvoir la créer et la mener selon mes propres désirs.

 

Pourquoi je n’irai pas voter (et pourquoi vous avez raison d’en avoir rien à foutre)

Jeudi 7 avril 2011

(Ce texte est une reprise qui date de novembre 2008; je n’ai eu qu’à changer une date, celle du scrutin (et aussi la texture de l’air !). André Gide avait drôlement raison : tout a été dit, mais comme personne n’écoute, il faut toujours répéter.)

Je ne sais pas ce que vous ferez le 2 mai prochain. En ce qui me concerne, j’ai prévu un tas d’autres choses plus importantes que d’aller me scrutiniser l’urne dans l’isoloir:

  • Me lever tard;
  • ne pas aller travailler;
  • respirer le doux et frais air du printemps ;
  • me masturber longuement;
  • voler mon repas du midi dans la poubelle cadenassée du Loblaws;
  • embrasser mon amour sur la nuque;
  • mettre de la super-glue dans la serrure de la porte du bureau local de Revenu Québec.

Et le lendemain, surprise: un gouvernement sera élu. Same fucking thing as always.

Je n’irai pas voter. Évidemment, ça ne surprendra personne puisque je suis anar. Mais je ne m’illusionne aucunement sur l’impact de cette décision et je ne tenterai pas de vous inciter à m’imiter. Alors votez pour qui vous voulez, tout ce que vous aurez accompli, c’est donner votre consentement à l’État, point barre. Si vous annulez votre vote, vous serez compté parmi les imbéciles qui ne savent pas noircir un petit cercle. Et si vous vous abstenez de voter, vous serez compté parmi les gens amorphes et ignares qui ne disent mot et consentent à leur exploitation.

Il n’y a pas d’autre issue à ce monde que la fuite.

Peut-être est-ce le grand âge, mais j’en suis arrivée à la conclusion qu’il est inutile pour une anar d’intervenir lors d’élections. Le système a une telle capacité à tout récupérer qu’on finit par n’être qu’un divertissement de plus dans le grand freak show politique. C’est d’ailleurs la seule ambition de ce blogue: rigoler un peu aux dépens des politichiens plutôt que de désespérer, sonder le vide abyssal de l’actualité en renvoyant dos à dos tous les idéologues junkies de pouvoir tant à droite qu’à gauche en espérant que quelqu’un, quelque part, comprenne que la vraie vie est ailleurs… bien loin d’ici.

Autre truc. Je sais que je ne devrais pas être surprise, mais je suis toujours déçue de constater à quel point les anarchistes retombent continuellement dans les mêmes travers, le principal étant celui d’être fascinés par la politique. Leur analyse des institutions sociales devrait normalement les pousser à faire la constatation — pourtant courante parmi la masse des gens qui ne sont pas des idéologues — que la frange particulière de la classe politicienne qui se retrouve au pouvoir ne change rien aux menées de l’État par rapport à une autre. Mais non. Ils finissent presque toujours par appeler à «voter utile» pour une raison ou une autre. Pensez à la FAI, en 1936… c’est l’exemple le plus classique et le plus tragique. Chaque fois qu’une élection est déclenchée, il faut toujours qu’il y ait un anarchiste quelque part qui critique «l’orthodoxie étroite» qui «ferait de l’abstention la seule option valable». Ce qui me fait vachement rigoler, puisque l’orthodoxie anar, dans les faits, consiste bien plus à jouer l’apprenti sorcier électoral que l’inverse, si je me fie à l’histoire.

Or, il devrait apparaître évident depuis tout ce temps que le programme d’un parti ou d’un autre ne signifie absolument rien, puisque c’est l’hégémonie politique du moment qui détermine les décisions du gouvernement. Un parti de gauche va agir comme un parti de droite et vice-versa, selon l’air du temps, les intérêts du capital, les clientèles électorales, etc., etc., etc., ad nauseam. Je ne suis pas fan de tout ce que Gramsci a écrit, mais son concept d’hégémonie n’a selon moi pas pris une ride.

Il faut comprendre une fois pour toutes qu’élire n’est pas choisir. Une élection est avant tout un exercice symbolique. La grande messe électorale est à placer au même plan qu’un sacrifice aux dieux devant un menhir ou au sommet d’une pyramide: c’est un rituel pour reproduire un ordre des choses qui se veut éternel.

Dans un cérémonial de type religieux, prendre une décision ou une autre n’a strictement aucun autre impact que sur le cérémonial lui-même; il n’en a aucun sur la réalité externe au cérémonial. Je peux décider de rester assise pendant la communion, je peux décider d’aller communier et mordre l’hostie, je peux communier comme une gentille croyante et faire ma prière ensuite. L’impression d’avoir fait un geste décisif ne dépend que de l’illusion que j’entretiens au sujet de Dieu et de ma capacité à y faire outrage ou hommage. Mais vous savez autant que moi que Dieu n’existe pas et que tous ces comportements n’ont par conséquent aucun impact sur lui. Pis encore: je n’attente même pas, ce faisant, au pouvoir que les prêtres exercent sur les fidèles. Il en va de même avec les élections.

Plus que jamais, les gens sont insatisfaits, cyniques, avides de changement. Ce fameux changement, je n’ai pas la recette miracle sur les moyens de le mettre en branle — quoique j’ai ma petite idée là dessus. Mais je reste convaincue que le vote est un moyen de conservation et de reproduction du statu quo, pas de changement. Alors votez si vous voulez, vous ne changerez rien et tout ira pour le pire dans le plus horrible des mondes.

Piscis Aprilis

Vendredi 1 avril 2011

Je vous offre ce matin le recueil des mes Sirventès, en format pdf, même s’il se termine pour le moment en queue de poisson.


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