Archives pour novembre 2008

La crise financière mondiale racontée aux tout petits

Vendredi 28 novembre 2008

Bonjour les coconauds et le coucounettes! Tante Archet va vous raconter une belle histoire.

Il était une fois des gentils monsieurs qui aimaient beaucoup beaucoup les gros sous. On les appelait les gentils banquiers et ils vivaient dans le royaume féérique des Amerloquiens. Les gentils banquiers avaient inventé une machine à faire des sous appelée «subprimes». En gros, on permettait à des villageois d’acheter des châteaux même s’ils n’avaient pas un écu dans leur escarcelle. «Pas grave», disaient messires les banquiers, «si vous n’arrivez pas à payer votre château, on vous le prendra et on se remboursera en le vendant».

Or, de façon fort prévisible, le Grand Méchant Marché Immobilier a fini par baisser et plus de deux millions de pauvres croquants sans le sou se sont retrouvés ruinées aux Etats-Unis, faute de pouvoir rembourser les emprunts. Pour tenter de sauver leur mise, les gentils banquiers ont transformé ces emprunts en titres sur les marchés boursiers. Par exemple, si un paysan empruntait 100 000 dollars, il devait en rembourser 120 000 à la banque avec les intérêts. Pour gagner plus rapidement de l’argent, les banques ont émis des papiers commerciaux, c’est-à-dire un titre donnant droit à ces 120 000 dollars vendu et échangé sur les places boursières — tu sais, l’endroit où ton papa a perdu toutes ses économies, avant que tu naisses, quand la bulle technologique a éclaté comme un pétard mouillé…

Mais les investisseurs se sont bien aperçus qu’ils se sont fait rouler dans la farine, puisque les paysans amerloques ne pouvaient plus payer et par conséquent les papiers commerciaux ont perdu toute leur valeur. Ce sont précisément ces montages financiers complexes qui expliquent la chute de la bourse car toutes les gentils banquiers à travers le monde se sont retrouvés avec tout plein de titres de subprime qui ne valaient plus rien dans leurs poches, plutôt que des belle pièces d’or scintillantes. À partir de là, les gentils banquiers se sont mis à se méfier les uns des autres et n’ont plus voulu se prêter des sous entre eux.

C’est alors que la panique s’est instaurée dans le royaume. Chaque mauvaise nouvelle, chaque publication des comptes d’un gentil banquier a fait chuter son titre et lui a fait subir des pertes colossales, si bien que tous nos gentils banquiers se sont retrouvés à court de liquidités. Aie aie aie! Comment allaient-ils se sortir de ce sacré pétrin?

Voyant que c’était la fin des haricots, le roi d’Amerloquie a décidé de prendre les grands moyens: il a sorti son coffre au trésor et a donné 200 milliards de dollars pour sauver la peau des fesses de deux gentils banquiers, Freddie Mac et Fannie Mae. Seulement, le roi d’Amerloquie s’est bien rendu compte qu’il ne pouvait pas sauver tous les gentils banquiers en difficulté, premièrement parce qu’il n’avait pas assez d’or dans son coffre et aussi parce que ça confirmerait l’impression — déjà fort répandue dans le royaume — que les gentils banquiers peuvent impunément faire toutes les conneries qu’ils veulent. Voilà pourquoi il a refusé de voler au secours des gentils banquiers Lehman, qui étaient frères. Tant pis pour eux, ils ont payé pour les autres et ont fait faillite, na.

Les gentils banquiers, pas rassurés du tout du tout, se sont mis pendant ce temps à durcir les conditions de crédit pour les paysans, les artisans et les constructeurs de carrosses. Si bien que bingo, récession en Amerloquie, dans l’empire Japonouille et dans les Zeuropes aussi où les rois se sont tous mis à ouvrir leurs coffres pour espérer que les gentils banquiers et les constructeurs de carrosses sortent enfin de la mouise. Partout partout partout sauf au royaume de StephenHarpeurie, une contrée étrange et magique où le roi a plutôt décidé de faire des coupures budgétaires et de suspendre le droit de grève de ses laquais — en leur faisant croire que ces mesures avaient un lien direct avec tout ce que je viens de vous raconter. Manquerait plus qu’il réforme le sénat, un coup parti, en prétextant que c’est la faute des pauvres croquants d’Amerloquie qui ne pouvaient plus payer les traites de leur château… Qu’est-ce qu’on rigole en StephenHarpeurie! Espérons qu’il vive heureux et qu’il ait beaucoup d’enfants, ça le tiendra occupé à autre chose que la crise économique.

MORALITÉ : aucune.

Le discours électoral déchiffré

Jeudi 27 novembre 2008

En tant que titulaire de la chaire George-Orwell d’études politicaillardes de l’Université du Québec à Kazabazua, j’ai eu tout le loisir au cours des dernières semaines — et aux frais des contribuables, la-la-lè-reu! — de décortiquer toutes les subtilités du discours des candidats à cette élection provinciale. Et puisque le doyen de la faculté ne cesse de me harceler pour que je publie quelque chose quelque part, voici les résultats préliminaires de ce gigantesque projet de recherche. Vous viendrez ensuite me dire que je vous snobe, bande de petits veinards!

Ce qu’ils disentCe qu’ils veulent dire
«Les Québécois ne veulent pas d’élections.»«Notre parti risque de perdre les élections si elles ont lieu maintenant.»
«Donnez-vous le pouvoir»«Donnez-nous le pouvoir»
«L’économie d’abord!»«La sauvegarde des profits de la grande entreprise d’abord!»
«Je veux servir les Québécois et les Québécoises.»«Je veux me servir des Québécois et des Québécoises.»
«Il faut que l’école apprenne aux enfants la discipline et l’effort.»«Il faut que l’école se concentre sur sa seule vraie mission: manufacturer des contribuables obéissants.»
«Nous allons entreprendre de parler de souveraineté aux Québécois.»«Je vais prononcer ce mot de temps en temps, histoire de motiver mes militants et mes bénévoles.»
«Nous augmenterons les dépenses de l’État de 7,6 milliards de dollars sur cinq ans pour favoriser la justice sociale.»«Nous serons les premiers surpris si par miracle Françoise et Amir sont élus.»
«Tout le monde doit se lever le matin. Tout le monde doit faire un effort. L’aide sociale comme mode de vie, c’est fini»«À moins, bien entendu, d’être banquier ou membre du conseil d’administration d’une grande entreprise, puisque l’aide sociale a été conçue pour vous.»
«Le gouvernement précédent nous a légué les problèmes en santé et en éducation.»«Nous lèguerons au prochain gouvernement les problèmes en santé et en éducation.»
«Il faut cesser d’avoir peur de lancer des grands projets. Retrouvons notre fierté d’être Hydro-Québécois!»«Vous allez devoir fermer vos gueules lorsque nous construirons un réacteur nucléaire à côté de votre bungalow.»
«Il faut favoriser le développement durable.»«Il faut durablement développer le favoritisme.»
«Il faut réformer le mode de scrutin pour favoriser les tiers partis.»«Nous sommes un tiers parti.»
«Le 8 décembre prochain, allez voter, c’est tout ce qui compte.»«On a les gouvernements qu’on mérite; il ne faudrait tout de même pas que vous méritiez de ne pas en avoir…»

La nouvelle importante du jour

Mercredi 26 novembre 2008

Plus je lis les blogues, moins je me sens informée. Heureusement que la presse bourgeoise existe encore pour nous mettre en contact avec les vrais enjeux. J’en veux pour preuve cette dépêche de l’AFP:

«Tsuyoshi urinait de la même façon que Kurumi. “On s’est dit que c’était vraiment bizarre”, a poursuivi M. Kubono.»

Évidemment, je préfère mille fois les histoires de lesbiennes japonaises urophiles et bestiales que les propos encensant la performance de Mario ou de Pauline lors de la joute verbale d’hier soir.

Débat mon cul

Mardi 25 novembre 2008

À quoi reconnaît-on un démocrate? À son fétichisme du vote et à l’excitation presque sexuelle que provoque en lui la tenue du grand pow-wow médiatique du débat des chefs. Appelez-moi ennemie de la démocratie, car non seulement ne suis-je pas inscrite sur la liste électorale, mais mon poil de jambe hivernal, loin d’être émoustillé à l’idée d’assister à cette foire d’empoigne télévisée, reste placide et doux comme le duvet suprabuccal de ma grand-mère.

Dès le déclenchement des élections, le débat devient l’objet de toutes les conjectures : « Est-ce qu’il va y avoir débat? Comment est-ce que ça va se dérouler? Qui va y être invité? Il parait que chose est un bon debater mais que untel est poche… comment ça se fait que le Parti Québec Marginal n’est pas invité, me semble que c’est un affront à la démocratie… » et patati et patata. Une bonne partie de la campagne électorale est consacrée à débattre de la tenue du débat, de ses modalités et de son fonctionnement; c’est ce qu’on appelle en langage politique « discuter des vrais enjeux » — comme dénoncer une émission de variétés pour choisir de participer à une autre, par exemple.

Les débats des chefs sont des freak shows et je ne peux pas croire que je suis la seule à m’en apercevoir. Les chefs sont pomponnés comme des caniches et longuement préparés par leurs spin doctors à faire leurs trucs comme des chiens savants. Les idées — quand il y en a — ont le même statut que le décor, à l’arrière-plan: une vague fioriture qui sert à mettre en valeur le profil du candidat. Tout ce qui compte, c’est de gagner le débat, ce qui n’a rien à voir avec le fait de démontrer la justesse de ses idées grâce à la logique de ses arguments et tout à voir avec le fait de ridiculiser l’adversaire, montrer qu’on a la « stature d’un chef d’État », qu’on a le sens de la formule et de la répartie ou tout simplement qu’on « dépasse les attentes » — rappelez-vous Stéphane Dion, qui ne s’en est pas trop mal tiré lors du dernier débat alors que tous s’attendaient à ce qu’il se pète la gueule et qui, ipso facto, s’est fait couronner champion poids plume du match.

Le spectateur du débat n’apprend rien sur les idées des candidats, c’est de l’ordre de l’évidence puisqu’elles sont la plupart du temps absentes et lorsqu’il y en a elles sont similaires et rigoureusement interchangeables. Tout ce que le débat réussit à démontrer, c’est l’aptitude des chefs à gagner des débats. Alors si votre souci est d’apprécier les capacités de vos futurs dirigeants à gérer les fonds publics, gouverner la masse inculte ou réprimer les crottés, dites-vous que c’est râpé. Tout ce que vous apprendrez, c’est s’ils feraient ou non de bons animateurs de tribune téléphonique à la radio de Québec.

Si vous voulez mon avis scandaleusement antidémocratique, j’ai toujours douté de la pertinence de participer à des débats et même de simplement discuter avec des idéologues butés. J’ai de plus en plus tendance à croire, à l’instar de Foucault, que derrière les vérités se trouvent des idiosyncrasies, des positions de style et de vie. Que, pour moi comme pour les autres, ce ne sont pas les arguments rationnels qui créent les positions de vérité, mais plutôt les positions de vérité qui créent le désir de se doter d’arguments rationnels pour les défendre et les justifier. L’argument rationnel n’est finalement qu’un accessoire qui ne réussira que très rarement (sinon jamais) à modifier la position de vérité de son adversaire. Évidemment, il est possible d’opposer une perspective à une autre, comme il est possible de jouer sa propre idiosyncrasie contre celle de son voisin. Mais en discuter dans l’espoir de « gagner » me semble foncièrement futile, puisque ces positions sont par essence incommensurables.

Plutôt que de me taper deux heures de migraine en compagnie de ces branleurs, je préfère encore aller me branler en relisant Trois filles de leur mère — c’est plus hygiénique.

Pourquoi je n’irai pas voter (et pourquoi vous avez raison d’en avoir rien à foutre)

Lundi 10 novembre 2008

Trop c’est trop. Nausée, haut-le-cœur: c’est un cas flagrant d’overdose électorale. D’où la naissance de ce foutu blogue. Il faut que je ventile, c’est plus fort que moi.

Je ne sais pas ce que vous ferez le 8 décembre prochain. En ce qui me concerne, j’ai prévu un tas d’autres choses plus importantes que d’aller me scrutiniser l’urne dans l’isoloir:

  • Me lever tard;
  • ne pas aller travailler;
  • respirer le doux et frais air de l’hiver naissant;
  • me masturber longuement;
  • voler mon repas du midi dans la poubelle cadenassée du Loblaws;
  • embrasser mon amour sur la nuque;
  • mettre de la super-glue dans la serrure de la porte du bureau local de Revenu Québec.

Et le lendemain, surprise: un gouvernement sera élu. Same fucking thing as always.

Je n’irai pas voter. Évidemment, ça ne surprendra personne puisque je suis anar. Mais je ne m’illusionne aucunement sur l’impact de cette décision et je ne tenterai pas de vous inciter à m’imiter. Alors votez pour qui vous voulez, tout ce que vous aurez accompli, c’est donner votre consentement à l’État, point barre. Si vous annulez votre vote, vous serez compté parmi les imbéciles qui ne savent pas noircir un petit cercle. Et si vous vous abstenez de voter, vous serez compté parmi les gens amorphes et ignares qui ne disent mot et consentent à leur exploitation.

Il n’y a pas d’autre issue à ce monde que la fuite.

Peut-être est-ce le grand âge, mais j’en suis arrivée à la conclusion qu’il est inutile pour une anar d’intervenir lors d’élections. Le système a une telle capacité à tout récupérer qu’on finit par n’être qu’un divertissement de plus dans le grand freak show politique. C’est d’ailleurs la seule ambition de ce blogue: rigoler un peu aux dépens des politichiens plutôt que de désespérer, sonder le vide abyssal de l’actualité en renvoyant dos à dos tous les idéologues junkies de pouvoir tant à droite qu’à gauche en espérant que quelqu’un, quelque part, comprenne que la vraie vie est ailleurs… bien loin d’ici.

*      *      *

Autre truc. Je sais que je ne devrais pas être surprise, mais je suis toujours déçue de constater à quel point les anarchistes retombent continuellement dans les mêmes travers, le principal étant celui d’être fascinés par la politique. Leur analyse des institutions sociales devrait normalement les pousser à faire la constatation — pourtant courante parmi la masse des gens qui ne sont pas des idéologues — que la frange particulière de la classe politicienne qui se retrouve au pouvoir ne change rien aux menées de l’État par rapport à une autre. Mais non. Ils finissent presque toujours par appeler à «voter utile» pour une raison ou une autre. Pensez à la FAI, en 1936… c’est l’exemple le plus classique et le plus tragique. Chaque fois qu’une élection est déclenchée, il faut toujours qu’il y ait un anarchiste quelque part qui critique «l’orthodoxie étroite» qui «ferait de l’abstention la seule option valable». Ce qui me fait vachement rigoler, puisque l’orthodoxie anar, dans les faits, consiste bien plus à jouer l’apprenti sorcier électoral que l’inverse, si je me fie à l’histoire.

Or, il devrait apparaître évident depuis tout ce temps que le programme d’un parti ou d’un autre ne signifie absolument rien, puisque c’est l’hégémonie politique du moment qui détermine les décisions du gouvernement. Un parti de gauche va agir comme un parti de droite et vice-versa, selon l’air du temps, les intérêts du capital, les clientèles électorales, etc., etc., etc., ad nauseam. Je ne suis pas fan de tout ce que Gramsci a écrit, mais son concept d’hégémonie n’a selon moi pas pris une ride.

Il faut comprendre une fois pour toutes qu’élire n’est pas choisir. Une élection est avant tout un exercice symbolique. La grande messe électorale est à placer au même plan qu’un sacrifice aux dieux devant un menhir ou au sommet d’une pyramide: c’est un rituel pour reproduire un ordre des choses qui se veut éternel.

Dans un cérémonial de type religieux, prendre une décision ou une autre n’a strictement aucun autre impact que sur le cérémonial lui-même; il n’en a aucun sur la réalité externe au cérémonial. Je peux décider de rester assise pendant la communion, je peux décider d’aller communier et mordre l’hostie, je peux communier comme une gentille croyante et faire ma prière ensuite. L’impression d’avoir fait un geste décisif ne dépend que de l’illusion que j’entretiens au sujet de Dieu et de ma capacité à y faire outrage ou hommage. Mais vous savez autant que moi que Dieu n’existe pas et que tous ces comportements n’ont par conséquent aucun impact sur lui. Pire encore: je n’attente même pas, ce faisant, au pouvoir que les prêtres exercent sur les fidèles. Il en va de même avec les élections.

*      *      *

Plus que jamais, les gens sont insatisfaits, cyniques, avides de changement. Ce fameux changement, je n’ai pas la recette miracle sur les moyens de le mettre en branle — quoique j’ai ma petite idée là dessus. Mais je reste convaincue que le vote est un moyen de conservation et de reproduction du statu quo, pas de changement. Alors votez si vous voulez, vous ne changerez rien et tout ira pour le pire dans le plus horrible des mondes.

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