Si février était le mois de l’histoire des Noirs, mars est celui de la sodomie. Bonnes copulations à tous et n’oubliez pas : le condom sauve des vies !

Si février était le mois de l’histoire des Noirs, mars est celui de la sodomie. Bonnes copulations à tous et n’oubliez pas : le condom sauve des vies !

(Réflexions d’une insomniaque suite à une discussion, tard dans la nuit, avec une militante pro-vie.)
Peut-être est-ce parce que je tombe de fatigue, peut-être est-ce la brume qui se forme dans mon cerveau, mais je capitule. Vous m’avez vaincue, je reconnais que les fœtus et les embryons sont des personnes et qu’ils disposent de droits inaliénables, octroyés par Dieu. Et oui, je reconnais que l’avortement est un meurtre. Mais qu’en est-il du droit des gamètes?
Qu’en est-il de cette multitude sans voix et opprimée, tapie dans nos ovaires et nos testicules? Toutes ces vies qui ne demandent qu’à éclore, tous ces milliards de milliards d’enfants de Dieu, innocents et purs, qui n’auront jamais l’occasion de voir le jour uniquement à cause de notre abstinence sexuelle égoïste… imaginez combien de Mozart et d’Einstein sont quotidiennement assassinés par notre refus de copuler et de procréer! Je le dis en clair : l’abstinence c’est l’avortement, et l’avortement c’est le meurtre. Chaque fois qu’un couple fertile revient du travail trop fatigué pour faire l’amour, ces pécheurs horribles choisissent la télévision plutôt que la vie d’un enfant. Chaque fois qu’un adolescent obéit à son curé et choisit d’étouffer l’appel de ses hormones, il prive une âme de la chance de gagner son ciel. Pire : lorsque deux étrangers, par respect coupable des conventions et de la bienséance, s’empêchent de s’arracher mutuellement leurs vêtements et de forniquer sur le trottoir, ils se rendent coupables d’infanticide, rien de moins. Et ils devraient par conséquence être sévèrement punis.
Catholiques, conservateurs, évangélistes, fondamentalistes, encore un effort si vous voulez être pro-vie : faites la promotion des coïts non protégés, des relations sexuelles prémaritales dès la puberté et de la promiscuité généralisée de tous les individus en âge de procréer. Ce n’est qu’à ce prix que les voies du Seigneur (qui resteront les seules impénétrables et impénétrées) pourront être respectées.

Ce qui est chouette, avec les crises cycliques du capitalisme, c’est qu’elles fixent momentanément l’attention du public sur le caractère profondément inique, déficient et insoutenable de ce mode de production. Ce qui fait que l’expression « échec du capitalisme » n’est plus unanimement accueillie par des lazzis et des quolibets. Mieux : les dirigeants de se monde se sentent obligés d’en prendre la défense, de dire qu’il faut continuer de croire, et caetera. Bref : l’anticapitalisme est de saison, comme la tunique en voile de soie brodé et le collier surdimensionné au printemps prochain, si je me fie à mes magazines de médames. Tout le monde s’y met, comme Hervé Kempf, par exemple, avec son Pour sauver la planète, sortez du capitalisme.
Ce qui prouve encore une fois que votre humble servante (Ha ! Yeah right !), irréductible, irrécupérable et indémodable, a comme toujours précédé la mode. En 2003, j’écrivais :
« Le capitalisme est absurde. Le capitalisme n’a jamais représenté un progrès. Comment alors croire que le système qui le remplacera après sa mort sera nécessairement meilleur, plus juste, porteur de plus de liberté? Je le répète, seuls ceux qui ont été gavés par l’idéologie autojustificatrice du progrès sécrétée par le capitalisme peuvent le croire sincèrement. Et je ne pense pas qu’aux marxistes…
Personne ne peut prévoir ce qui succédera au capitalisme. Cela dépendra de ce que feront les acteurs du monde. Pensez à l’Europe des XIVe et XVe siècles, alors que s’éteignait le système féodal. Pensez à la crise fondamentale qui ébranlait les assises fondamentales de ces sociétés: ses classes dirigeantes se détruisaient mutuellement à un rythme rapide, son système foncier et économique s’effondrait, le ciment idéologique que fournissait le catholicisme s’écaillait, des mouvements égalitaristes prenaient naissance dans le giron même de l’Église. Le système se décomposait de toutes parts. Une reconsolidation du système médiéval s’avérant impossible, la société européenne aurait très bien pu évoluer vers un système relativement égalitaire de petits producteurs, avec un laminage de l’aristocratie et une décentralisation importante des structures politiques.
Mais cette possibilité, alors bien réelle, devait consterner et effrayer les classes dirigeantes, surtout depuis qu’elles sentaient leur armure idéologique se désintégrer. Il fallait trouver de nouvelles institutions pour préserver l’essentiel: une société basée sur des liens de domination hiérarchique. Et c’est ce qui s’est produit. Vers le milieu du XVIIe siècle, les institutions fondamentales du capitalisme sont en place et déjà consolidées, les mouvements égalitaristes ont disparu, les couches dirigeantes ont de nouveau fermement en main le contrôle de la situation politique, et on peut même observer une continuité entre les familles qui composaient l’élite en 1450 et celles qui la composent en 1650. Personne ne s’est fait le porte-parole du projet que suggère cet enchaînement d’événements. Mais qui peut nier que l’établissement du capitalisme a renversé une évolution qui faisait frémir les classes dirigeantes, pour lui en substituer une qui correspondait beaucoup mieux à leurs intérêts? C’est pour cette seule et unique raison que le capitalisme, tout absurde qu’il est, prend toute sa raison d’être.
Il n’est donc pas absurde de croire que les capitalistes et ceux qui jouissent d’une position privilégiée vont essayer de nous refaire le même coup, c’est-à-dire changer tout afin de ne rien changer… et nous offrir un modèle de société tout neuf qui ne sera pas capitaliste, mais malgré tout inégalitaire hiérarchique et liberticide.
Les cinquante prochaines années seront difficiles pour nous tous. Une période d’énorme insécurité personnelle, une période noire faite d’incertitudes et de chaos d’où naîtront un ou plusieurs nouveaux ordres sociaux d’une nature que l’on ne peut encore prévoir. Mais ce sera aussi une période où l’avenir sera ouvert, où tous celles et ceux qui croient en la liberté humaine auront la possibilité de lutter pour que l’issue soit porteuse de plus de justice et d’égalité pour tous. »
Moralité : ce n’est pas parce qu’un arrangement social est non-capitaliste ou anticapitaliste qu’il est nécessairement désirable. Ce n’est pas parce qu’un politicien, un milliardaire ou un président de la république se déclare anticapitaliste qu’il faut l’embrasser comme un frère. Ce n’est pas parce que les dépenses publiques grimpent qu’il faut croire que le socialisme est à nos portes. Et surtout, le fait que le capitalisme s’écroule ne promet pas en soi des lendemains qui chantent, bien au contraire.
Vigilance, vigilance…

Quoi de mieux pour passer un bon moment que d’écouter un Français avec trop de salive lire un sublime morceau de philosophie post-hégélienne écrite par Max S(h)tirner en personne?
Sincèrement, je ne vois pas.
«Je n’ai basé ma cause sur rien», Préface de L’Unique et sa Propriété, ouvrage publié par Max Stirner (1806-1856) en 1844, lu par Hadrien Arcangeli (litteratureaudio.com)