FAQ
(Femelle Acariâtre du Québec)
Qui êtes-vous ?
Je commence à en avoir marre de répondre à cette question. Allez lire ceci et cela et on se reparlera.
Qui c’est, la petite bonne femme bleue avec le sang, en haut, à gauche ?
Il s’agit de Kâlî la Noire, la déesse hindouiste du temps, de la mort et de la délivrance, mère destructrice et créatrice. Lorsqu’elle entre en fureur, sa danse met le monde en péril.
Ah. Vous êtes donc hindouiste…
Nan. Kâlî n’est que ma mascotte, car je suis persuadée que lorsque nous entrerons tous en fureur, notre danse mettra le monde en péril.
Pourquoi m’avez-vous traité de crétin de droite ? Pourquoi m’avez-vous traité d’idiot de gauche ? Pourquoi ne m’aimez-vous pas ? Qu’est-ce que je vous ai donc fait ?
Ah la la, qu’est-ce que vous pouvez être susceptibles à la fin ! J’ai écrit ça pour rigoler, c’est tout. Inutile d’en faire un scandale… Je suis certaine que vous êtes sympathique et qu’on passerait un chouette moment ensemble à boire un pot et à se raconter des histoires salaces. Mais quand vous jouez à l’idéologue sur votre blogue, je n’y peux rien, vous êtes ennuyeux comme la pluie. Si l’alcool rend l’homme semblable à la bête et parfois même le fait mourir, l’idéologie le rend irrémédiablement con.
Vous jouez les radicales et les anarchistes mais au fond, vous n’êtes qu’une petite bourgeoise. C’est facile de critiquer le système quand ont vit grassement grâce à lui !
Nous avons tous une origine sociale et toutes les classes (mais pas les individus qui les composent) ont intérêt à ce que le système perdure, malgré ce Karl et Freidrich ont pu raconter. D’ailleurs, j’ai toujours pensé que le mot «bourgeois» est beaucoup plus une injure qu’une catégorie sociale réelle dans la bouche d’un marxiste. Oui, je suis ce qu’on pourrait appeler une petite-bourgeoise déclassée: ma mère était petite commerçante avant de prendre sa retraite, j’ai étudié à l’université et enseigné dans un cégep. En ce moment, je suis une drop-out de la société du spectacle, je vis de petits contrats (au noir, la plupart du temps), de piges, de rapines et de récoltes dans les rebuts de notre économie post-industrielle. C’est ainsi que j’assure ma survie et celle de ma fille, mais je n’en fais pas une posture morale ou un modèle idéologique; le système nous oblige tous à nous compromettre et j’essaie de le faire le moins possible. Avec le temps, j’ai constaté que ça me dégageait un espace de liberté intéressant, mais j’avoue que je le paie chèrement.
J’ai beau essayer et réessayer de commenter votre blogue, ça ne fonctionne pas. Pourtant, j’y arrivais il n’y a pas si longtemps… pourquoi ?
Pour faire une histoire courte, parce que je ne vous aime pas.
Vous ne m’aimez pas ! Et pourquoi donc ?
Parce que votre commentaire n’a d’autre but que de faire de la pub pour votre site. Parce que vous ne faites qu’insulter les autres lecteurs. Parce que vous utilisez mon système de commentaires comme si c’était votre propre blogue. Parce que vous postez des dizaines et des dizaines de comemntaires remplis d’insanités. Parce que la seule critique que vous arrivez à formuler est « Je t’encule sale pouffe de mes deux » ou « trouve-toi une vraie queue plutôt que d’écrire tes conneries pétasse ».
Je suis outré ! Que faites vous de ma liberté d’expression ? Quelle censure odieuse ! Ça se dit anarchiste et ça agit comme le dernier des tyrans ! Hypocrite ! Pétasse ! Lâche !
Je suis anar, pas idiote. Je pratique l’égoïsme stirnérien : si vous me tombez sur les nerfs, je vous expulse. Je ne vous dois strictement rien, à ce que je sache. Si vous avec envie de vous exprimer librement — ce qui comprend m’insulter de la manière qu’il vous plaira — faites comme moi et démarrez un blogue. Je vous promets de ne pas entraver votre liberté d’expression en allant écrire des stupidités dans vos commentaires.
Pourquoi ne rencontrez-vous personne ?
Je ne suis pas une carmélite contemplative et cloîtrée; je rencontre quotidiennement tout plein de gens. Il se trouve seulement que je ne rencontre personne qui me contacte par internet et surtout pas de journalistes. La meilleure façon de m’aborder, c’est de me dire bonjour dans la rue : vous verrez, je suis une femme très facile, ouverte à toutes les propositions malhonnêtes.
Pourquoi n’aimez-vous pas les journalistes ?
Je ne les déteste pas; comme disait l’autre, ce sont des ratés sympathiques. Je ne veux pas être médiatisée, c’est tout. Moins je me retrouve sous l’œil du Léviathan, mieux je me porte.
Voulez-vous signer notre pétition ? Voulez-vous participer à notre manifestation ? Souhaiteriez-vous devenir membre de notre parti ?
Non.
Pourquoi pas ?
Pour des tas de raisons. Parce que c’est inutile. Parce que c’est contre-productif. Parce que c’est délétère. Parce que je préfère regarder le troupeau passer, assise sur mon rocher.
Pourquoi ne répondez-vous pas à mes commentaires sur votre blogue ?
Encore là, pour des tas de raisons. Parce que je suis trop occupée à baiser. Parce que la pluie vient de cesser. Parce que j’ai une marmite sur le feu. Parce que je m’en branle de votre opinion.
Vous ne commentez jamais les blogues, même lorsqu’on parle de vous. Quels blogues lisez-vous ?
Jee ne lis même pas les miens, alors… (Trouvez la coquille due à l’absence de relecture dans cette phrase.)
Je ne comprends pas trop ce que vous racontez. Êtes-vous anarchiste ?
L’anarchisme est une idéologie et le prêt-à-penser m’horripile. Ce qui m’intéresse, c’est l’anarchie — l’état d’être — pas la doctrine. J’ai donc pris l’habitude de me qualifier d’anar, ou d’anarque; le monarque est le souverain d’une monarchie, alors que dans l’anarchie, l’anarque jouit souverainement de lui-même et de tout.
D’accord, d’accord. C’est quoi, au juste, l’anarchie ?
L’anarchie n’est ni un idéal, ni une utopie, ni une abstraction, ni un programme électoral, ni un catalogue de prescriptions ou d’interdictions, ni un livre de recettes pour un monde meilleur. Il s’agit d’une force, une force commune à tous les êtres, qui exprime l’ensemble des possibles dont tous les êtres sont porteurs. C’est l’apeiron d’Anaximandre, le fond indéfini et indéterminé à partir duquel naît sans cesse l’infinité des êtres. C’est le plan d’immanence de Deleuze, cette réalité toujours variable, qui ne cesse d’être remaniée, composée et recomposée. L’anarchie, c’est à la fois le chaos aveugle des forces et des puissances et la construction volontaire de nouvelles subjectivités par des individus capables d’exprimer la puissance qu’ils portent en eux. Bref : l’anarchie est à la fois le réel et le possible; c’est la réalité du possible.
Je ne comprends rien. Qu’est-ce que ça veut dire de façon pratique?
L’anarchie est un état social où chacun a la possibilité d’aller jusqu’au bout de lui même. C’est un mode d’existence où les individus ont le pouvoir de jouir souverainement d’eux-mêmes en s’associant librement aux autres. C’est le passage de la survie à la vie par la libération de ce qui nous enchaîne : Église, État, patrie, famille, propriété, travail — bref, toutes les institutions de domination hiérarchique.
Vous êtes une sacrée rêveuse. L’anarchie telle que vous le décrivez est impossible; si on osait l’instaurer, elle dégénèrerait en chaos violent. L’homme est un loup pour l’homme, comme disait Hobbes: il faut une instance supérieure pour instaurer l’ordre et éviter que tous s’entretuent.
Je suis désolée d’avoir à vous l’apprendre, mais l’expérience historique de l’espèce humaine vous contredit et me donne largement raison. Les sociétés les moins violentes, les plus pacifiques et les plus justes ont été celles où les institutions répressives de contrôle social étaient minimales, voire quasi inexistantes — chez les peuples dits sauvages ou primitifs, pour ne pas les nommer. À l’inverse, le bilan des sociétés industrialisées, régies par la corporation capitaliste, l’État-nation, l’institution militaire et religieuse et la famille patriarcale est désastreux: massacres, génocides, racisme, vexations et humiliations de toutes sortes, inégalités inconcevables et j’en laisse. Le chaos violent, c’est maintenant que nous le vivons. Que l’on puisse proposer sans rire que le monde sera plus harmonieux en augmentant les moyens de répression me stupéfie; c’est pourtant ce que j’entends de façon routinière.
L’anarchie est impossible, je vous dis.
Et moi, je vous dis que l’humanité en tant qu’espèce a passé le plus clair de son existence sans propriété, sans prisons, sans État, sans famille et sans travail. Si ça se trouve, c’est la société actuelle qui n’est pas viable, pas l’anarchie.
Si je comprends bien, vous voulez qu’on retourne à l’âge de pierre, c’est ça?
Non. Singer l’homme de Cro-Magnon est non seulement stupide, mais aussi impossible; ce serait faire abstraction des millénaires qui nous séparent de lui. Mais une chose est certaine, c’est qu’il nous offre la démonstration flagrante que vivre sans institutions de domination hiérarchique est tout à fait possible — et même désirable.
Bon, admettons que vous avez raison (même si je persiste à dire que tout cela ne tient pas debout). J’ai besoin de plus de détails: comment produira-t-on des ordinateurs sans corporation capitaliste? Qui va ramasser les ordures? Que va-t-on faire avec les bandits? Qui va faire cuire les tortillas? À quelle heure devra-t-on se lever? Où seront situées les latrines?
C’est à nous de le décider individuellement et collectivement. Ne vous attendez surtout pas à ce que je vous écrive le manuel du parfait petit anar; je laisse ce genre d’exercice aux idéologues et autres faiseurs de systèmes.
Qu’avez-vous contre les systèmes?
Je les abhorre car ils sont autoritaires de nature. Voilà pourquoi l’anarchie (contrairement à l’anarchisme) n’est pas une utopie, ni une idéologie. Construire un système jugé idéal a priori et s’attendre à ce qu’on le mette en pratique, c’est exiger que le réel se plie à l’idée. Les constructions utopiques sont la plupart du temps le fruit de l’activité d’idéomanes, qui proposent des idées et des actions coupées des conditions de production, fétichisées et autonomisées, que ces gens prétendent s’appliquer en soi, de façon absolue, partout et en toute circonstance.
Ce n’est pas ainsi qu’on bâtit un monde meilleur, car le monde tel qu’il existe est le meilleur, pour trois simples raisons: parce qu’il existe; parce qu’il n’y a pas ailleurs, d’autres mondes; parce que ce monde existant, aussi odieux que puisse être son ordre actuel, contient en lui-même la totalité des mondes possibles. C’est à l’intérieur même de ce chaos, de cette surabondance des possibles que les anarchistes, par expérimentation et de façon strictement immanente entendent faire émerger celui qui exprimerait en plénitude la totalité de ce qui est, la puissance de l’être. Bâtir a priori un système politique parfait, c’est non seulement de l’idéomanie, mais c’est aussi le plus sûr moyen d’atteindre des fins totalement inverses: un ordre coupé des individus, oppressif, soumettant la totalité de ce qui est à sa raison d’être particulière et, surtout, immobile et inamovible.
Je trouve vos écrits sibyllins, élitistes et incompréhensibles.
Moi aussi.
Je trouve vos écrits simplistes, démagogiques et remplis de raccourcis intellectuels.
Moi aussi.
Encore une nanarchiste de la gogoche cocomuniste du Plateau! Pelleteuse de nuages ! Hippie ! Peacenik! Tree Hugger! Béesse qui se pogne les fesses ! Petite lesbienne égocentrée conne et mal baisée!
Avez-vous remarqué à quel point les jeux de mots des blogueurs de droite sont nuls et répétitifs? Si au moins ils étaient distrayants… mais non, ils sont aussi beiges que leurs idées.
Vous êtes de gauche, alors ?
Kâlî m’en garde !
Centriste ?
Seulement dans le sens de «centrée sur moi-même». Je suis une égo-centriste.
Historiquement, ce sont les fascistes qui se sont dits «ni de gauche, ni de droite». Seriez vous donc crypto-nazi ?
Ha ! Elle est trop bonne, celle-là! Je suis sidérée par la manie universelle des politicards de classer toute la pensée sur une ligne horizontale allant de droite à gauche. Ce classement ne me concerne aucunement, puisqu’il est politique et donc lié au gouvernement de la cité. Je suis par essence anti-politique parce que je souhaite ardemment dissoudre la cité.
Êtes-vous fédéraliste ou souverainiste ?
Tiens, voilà l’autre binôme politique made in Qwebec. Ainsi va la démocratie: on vous laisse choisir, mais pas trop, en limitant vos options de façon si grossièrement ridicule que votre choix ne signifie plus rien. Pour répondre à votre question, je n’aime ni l’État fédéral canadien, ni l’État provincial québécois et à mon humble avis de femme si peu humble, l’indépendance du Québec ne changerait rien à rien. Alors bien sincèrement, je m’en fous et je laisse toute cette histoire pour ceux et celles qui ont du temps à perdre et vont voter.
Mais la question du français, qu’est-ce que vous en faites ? Ne voyez vous pas que la nation va disparaître ?
Je contribue modestement à la survie du français au Québec en tâchant de le parler et de l’écrire correctement, ce qui hélas n’est pas le cas de tous mes compatriotes. Pour ce qui est de la nation, ce n’est qu’une fiction sociale, une identité qu’on m’impose à des fins politiques — comme le genre, l’orientation sexuelle, la race, l’ethnie et toutes les autres étiquettes que je récuse en bloc. Et cela vaut autant pour la nation québécoise que canadienne.
Traitre !
Mets-en. Ce qui offre quand même l’avantage non-négligeable de mourir pour une raison moins stupide que la patrie.
Quelle est votre position au sujet des accomodements raisonnables? De la chasse aux phoques? De l’indépendance du Kosovo? De l’utilisation de pesticides dans la culture de la betterave à sucre au nord de la Voïvodie? Du droit des gays zoophiles à faire partie du clergé orthodoxe grec?
Seuls les idiots et les idéologues se sentent obligés d’avoir une opinion sur tous les sujets — tout en ne se contredisant jamais et en restant toujours cohérent avec soi-même. Je suis drôlement heureuse de ne pas être affligée par un tel désordre mental…
Tout ceci me donne un fichu mal de tête. Où peut-on lire vos histoires de cul ?
Sur Les Cahiers d’Anne Archet, mon blogue chéri que j’embrasse chaque soir avant d’aller me branler.
Mercredi 26 août 2009 à 11:14
A la crèche ? Pour quoi faire ?
C’est à l’école qu’il doit se trouver !
Mais il n’a que dix-huit mois !
Chaque jour passé loin du moule imbécile le rendra plus inapte à s’en ceinturer !
Anne,
Là, vraiment, tu me charivaries !
Tu m’archi-troubles !
Je suis ému
Je me sens tout chose, un chouïa triste, un chouïa gai
Note qu’il me faudra relire tous ces textes, dans un silence intégral, chaque jour pendant …
Est-ce qu’il n’est pas interdit par une quelconque loi au Québec de pourfendre ainsi le lecteur avec un tel acharnement subversif ?
Mais tu t’en fous, pffut !
En plus, je viens de lire que ton nom n’est même pas ton vrai nom !
Yves
Mercredi 26 août 2009 à 11:42
En plus Fifi avait des couettes
Tous les (vrais) gamins étaient foldingues d’elle
Elle ne se déplaçait qu’avec cette traînée dorée d’amoureux dont elle n’avait que faire ni que foutre
Elle se posait quelquefois sur un seuil pour prendre dans ses bras une petite fille qui pleurait – toujours la même
On ne sut jamais pourquoi
Ah! Malheur à celui qui n’a pas aimé Fifi!
Yves
Mercredi 26 août 2009 à 12:48
Fallait que, par un mouvement incident, elle arrêtât ses yeux à hauteur de tes yeux pour reconnaître en elle la petite fille.
Mais ça ne durait que le temps d’un souffle, tu penses!
Sois tranquille, Anne, lorsque tu te seras rangée (??!??), une autre – je la connais – prendra ta place, la relève est assurée, les taches de rousseur en moins.
Yves
Jeudi 10 décembre 2009 à 23:40
Peut-être la fatigue m’empêche-t-elle de trouver l’origine de cette discussion/entrevue, ou alors c’est vraiment qu’internet est trop vaste…
mais puis-je connaître le contexte de cette entrevue?
L’intervieweur semble plutôt désagréable…
Vendredi 11 décembre 2009 à 9:54
C’est que la plupart du temps, les gens qui m’écrivent le sont.
Vendredi 11 décembre 2009 à 12:17
Hum… Sympa. C’est dommage de critiquer comme ça. Personnellement, je ne suis pas toujours d’accord avec le sujet de vos textes, mais en général j’adore les lire.
” Encore une nanarchiste de la gogoche cocomuniste du Plateau! Pelleteuse de nuages ! Hippie ! Peacenik! Tree Hugger! Béesse qui se pogne les fesses ! Petite lesbienne égocentrée conne et mal baisée! ”
Ce serait presque triste à lire ce genre de commentaires… si ce n’était pas aussi rigolo.