Articles reli´s: «:Crise financière»

Shirley Temple for Prime Minister

Mercredi 3 décembre 2008

Shirley Temple

Je relisais ce matin La grande dépression: témoignages des années perdues de Barry Broadfoot en contemplant avec effroi les fantômes de la Crise des années trente — chômeurs, soupes populaires, dust bowl, camps de travail, hobos de track — défiler devant mes yeux lorsque des échos radiophoniques de la crise parlementaire vinrent me chatouiller les oreilles. C’est alors que j’ai pensé à Shirley Temple.

Elle n’avait que cinq ans mais savait chanter, jouer la comédie et danser à claquettes. Elle était belle comme un cœur avec ses boucles blondes et était si mignonne qu’elle exsudait la cuterie par tous les pores de son anatomie. Alors que des millions de personnes luttaient quotidiennement pour survivre dans une société hostile en plein état de déliquescence, ses films sirupeux réchauffaient l’âme des damnés de la terre et autres forçats de la faim en leur permettant, ne serait-ce qu’une heure, d’oublier que le capitalisme en banqueroute avait volé leur vie. Shirley Temple offrait le spectacle d’une enfance douce et heureuse, détachée de toutes les contingences de la réalité — un fix d’opium à bon marché pour un peuple qui en avait rudement besoin.

Je sais qu’elle a aujourd’hui quatre-vingts ans et que ses vieux os ne supporteraient probablement pas de patauger dans la sloche qui recouvre Ottawa en cette saison, mais je crois sincèrement que Shirley Temple est la personne toute désignée pour régler le mélodrame parlementaire dans lequel le gouvernement canadien est plongé. Puisque les gouvernements se sont avérés ineptes pendant les années trente et qu’ils le seront selon toute vraisemblance tout autant pendant les années 2000, l’important est pour eux d’offrir un bon spectacle. Dans un premier temps, il faut agir — voire s’agiter — donner l’impression que quelqu’un fait quelque chose, ce que les divers partis fédéraux font à merveille. Le show est excellent, avec plein de rebondissements, de drame, de cris, de larmes et en prime, un tas de constitutionnalistes qui se contredisent (je suis d’ailleurs surprise de ne pas avoir encore entendu parler de l’affaire King-Byng). Sans compter que ça occupe les tribunes téléphoniques et les blogues politiques a mari usque ad mare… Mais, par la suite, il faudra rassurer le bon peuple, le convaincre que tout va bien aller et surtout lui changer les idées. C’est alors que Shirley Temple entre en scène: en tant que premier ministre, elle pourrait mettre toutes ses facultés à être cute au service de la nation, ce qui permettrait à nous, pauvres crottés que nous sommes, d’oublier que nous allons payer chèrement les égarements de la poignée de privilégiés qui mènent le monde.

Je propose donc un gouvernement de coalition dirigé par Shirley avec un cabinet qui regrouperait les forces vives de la nation: le petit Jérémy Gabriel, Annie Brocoli, un ou deux calinours et toute l’équipe de La cour des grands. Sait-on jamais, le niveau du débat risque même de s’élever. Shirley Temple for Prime Minister!

La crise financière mondiale racontée aux tout petits

Vendredi 28 novembre 2008

Bonjour les coconauds et le coucounettes! Tante Archet va vous raconter une belle histoire.

Il était une fois des gentils monsieurs qui aimaient beaucoup beaucoup les gros sous. On les appelait les gentils banquiers et ils vivaient dans le royaume féérique des Amerloquiens. Les gentils banquiers avaient inventé une machine à faire des sous appelée «subprimes». En gros, on permettait à des villageois d’acheter des châteaux même s’ils n’avaient pas un écu dans leur escarcelle. «Pas grave», disaient messires les banquiers, «si vous n’arrivez pas à payer votre château, on vous le prendra et on se remboursera en le vendant».

Or, de façon fort prévisible, le Grand Méchant Marché Immobilier a fini par baisser et plus de deux millions de pauvres croquants sans le sou se sont retrouvés ruinées aux Etats-Unis, faute de pouvoir rembourser les emprunts. Pour tenter de sauver leur mise, les gentils banquiers ont transformé ces emprunts en titres sur les marchés boursiers. Par exemple, si un paysan empruntait 100 000 dollars, il devait en rembourser 120 000 à la banque avec les intérêts. Pour gagner plus rapidement de l’argent, les banques ont émis des papiers commerciaux, c’est-à-dire un titre donnant droit à ces 120 000 dollars vendu et échangé sur les places boursières — tu sais, l’endroit où ton papa a perdu toutes ses économies, avant que tu naisses, quand la bulle technologique a éclaté comme un pétard mouillé…

Mais les investisseurs se sont bien aperçus qu’ils se sont fait rouler dans la farine, puisque les paysans amerloques ne pouvaient plus payer et par conséquent les papiers commerciaux ont perdu toute leur valeur. Ce sont précisément ces montages financiers complexes qui expliquent la chute de la bourse car toutes les gentils banquiers à travers le monde se sont retrouvés avec tout plein de titres de subprime qui ne valaient plus rien dans leurs poches, plutôt que des belle pièces d’or scintillantes. À partir de là, les gentils banquiers se sont mis à se méfier les uns des autres et n’ont plus voulu se prêter des sous entre eux.

C’est alors que la panique s’est instaurée dans le royaume. Chaque mauvaise nouvelle, chaque publication des comptes d’un gentil banquier a fait chuter son titre et lui a fait subir des pertes colossales, si bien que tous nos gentils banquiers se sont retrouvés à court de liquidités. Aie aie aie! Comment allaient-ils se sortir de ce sacré pétrin?

Voyant que c’était la fin des haricots, le roi d’Amerloquie a décidé de prendre les grands moyens: il a sorti son coffre au trésor et a donné 200 milliards de dollars pour sauver la peau des fesses de deux gentils banquiers, Freddie Mac et Fannie Mae. Seulement, le roi d’Amerloquie s’est bien rendu compte qu’il ne pouvait pas sauver tous les gentils banquiers en difficulté, premièrement parce qu’il n’avait pas assez d’or dans son coffre et aussi parce que ça confirmerait l’impression — déjà fort répandue dans le royaume — que les gentils banquiers peuvent impunément faire toutes les conneries qu’ils veulent. Voilà pourquoi il a refusé de voler au secours des gentils banquiers Lehman, qui étaient frères. Tant pis pour eux, ils ont payé pour les autres et ont fait faillite, na.

Les gentils banquiers, pas rassurés du tout du tout, se sont mis pendant ce temps à durcir les conditions de crédit pour les paysans, les artisans et les constructeurs de carrosses. Si bien que bingo, récession en Amerloquie, dans l’empire Japonouille et dans les Zeuropes aussi où les rois se sont tous mis à ouvrir leurs coffres pour espérer que les gentils banquiers et les constructeurs de carrosses sortent enfin de la mouise. Partout partout partout sauf au royaume de StephenHarpeurie, une contrée étrange et magique où le roi a plutôt décidé de faire des coupures budgétaires et de suspendre le droit de grève de ses laquais — en leur faisant croire que ces mesures avaient un lien direct avec tout ce que je viens de vous raconter. Manquerait plus qu’il réforme le sénat, un coup parti, en prétextant que c’est la faute des pauvres croquants d’Amerloquie qui ne pouvaient plus payer les traites de leur château… Qu’est-ce qu’on rigole en StephenHarpeurie! Espérons qu’il vive heureux et qu’il ait beaucoup d’enfants, ça le tiendra occupé à autre chose que la crise économique.

MORALITÉ : aucune.

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